Homélie Mt 25,14-30 33° TO

La femme parfaite, qui la trouvera ?… La pudeur des maris dans l’assemblée, qui ne se lèvent pas pour pointer leur épouse du doigt, m’édifie beaucoup ! Surtout, comprenez qu’est d’abord exprimée ici la recherche de Dieu le Père, une épouse parfaite pour son fils, la Sagesse incarnée, le serviteur de Dieu. C’est la recherche de Jésus dans la parabole des talents qu’un serviteur bon et fidèle qui sait quoi faire pour attendre le retour du maître. Qu’est-ce donc qu’être « un bon serviteur » du Seigneur appelé à entrer « dans la joie de son maître »  ? Que faire pour le devenir ? Le point commun entre les quatre textes que nous avons lus est l’intérêt pour le service et ils vont nous aider à répondre à cette question.

Avant tout reprenons ce texte de « la femme parfaite », ou encore de « la femme de caractère » ou encore « la femme capable » ou « la femme de force » (évitons « la femme forte » car certaines le prendraient mal), puisqu’ il est objet de nombreuses carricatures. Pour ma part, j’ai été ordonné il y a dix-huit ans exactement, et on lisait les textes de ce jour. Je me souviens encore d’une femme lisant ce passage des Proverbes, et lançant ostensiblement un grand clin d’oeil complice et moqueur à mon épouse au premier rang… Il s’agit en fait de le comprendre en dehors d’une interprétation misogyne destinant toute femme à des fonctions serviles. Il se trouve en conclusion du Livre des Proverbes et constitue un parallèle avec le portrait de la Sagesse aux chapitres 8 et 9. La femme est celle qui est le modèle de l’épouse de la sagesse, de celle qui incarne concrètement la sagesse. Or, puisqu’aucun être humain ne peut s’identifier à la sagesse, la femme est ici le modèle de tout être humain sage. Plutôt que misogyne, il est en réalité un texte faisant d’une femme le modèle de la sainteté pour tout homme religieux. La Vierge Marie se l’appropriera en se disant elle-même la servante du Seigneur (Lc 1), cad l’épouse du serviteur de Dieu qu’est le Christ (Is 42 ; 50,…). Ici, être, comme le dit Jésus un serviteur bon et fidèle, c’est ressembler à Jésus. C’est pourquoi cela fait entrer dans la joie du maître. La joie de Jésus est dans le service. Et l’attente de Jésus, durant cette période entre son ascension et son retour dans la gloire, période que le concile Vatican II appelle « les derniers temps », est le temps du service dans ce monde qui est aussi celui du témoignage et de la mission. C’est pourquoi l’Esprit-Saint est donné. Il rend témoignage en faisant de l’Eglise une servante. Les diacres (diakonos=serviteur) ont cette fonction dans l’Eglise pour permettre aussi d’attendre le Seigneur avec ferveur. L’attente est celle des fils de lumière, dit saint Paul, qui consiste à refuser la sécurité comme une valeur sociale fondamentale. Saint Paul est aux antipodes de nombreux discours politiques sécuritaires contemporains ! Il s’agit de servir les pauvres pour attendre le Christ, et cela dérange la paix et la sécurité, évidemment ! Saint Paul dit que le discours sur la paix et la sécurité est en réalité catastrophique car il endort la vigilance aux pauvres. Seulement, se tenir dans le service c’est rester dans la lumière et n’être pas surpris par le Jour du Seigneur ; dire « paix et sécurité » c’est se concentrer sur le confort et fatalement vivre ce jour comme une surprise et une catastrophe. Vous voyez donc les liens entre ces trois textes qui tous trois invitent à ressembler au Christ serviteur pour le recevoir dans sa gloire de serviteur.

Cette précision étant donnée, regardons les qualités du serviteur qui sont mises en valeur, en commençant par le Livre des Proverbes. La première est la confiance. La confiance s’appuie sur le fait qu’on sait que celui en qui on a confiance de fera rien qu’on n’aurait pas voulu faire nous-même. Avons-nous ainsi le comportement de bons serviteurs du Christ, accomplissant ce qu’il aurait fait lui-même ? La seconde qualité est l’ardeur au travail pour le bien. Sommes-nous ainsi au travail pour le Seigneur ou sommes-nous affairés à ne rien faire, comme le dénonce saint Paul ? La troisième est le discernement et la compétence dans la qualité des œuvres, ici la femme sait choisir le lin et la laine, et elle travaille allégrement avec ses mains. Ce que nous faisons, le faisons nous avec des matériaux de qualité, choisis avec soin parmi des propositions diverses ? Travaillons-nous avec des compétences que nous avons acquises grâce à des disciplines techniques et mentales qui permettent de réaliser du « travail bien fait » et efficacement effectué ? Ou bien nous contentons-nous de faire des choses un peu rapidement, pourvu qu’elle soit le signe de notre bonne intention ? Bref, un serviteur de Dieu, ici, c’est quelqu’un qui a le soin de la qualité des œuvres qu’il réalise. Et pour le Seigneur, il s’agit de réaliser des œuvres de grande qualité avec une matière de qualité. Quatrième qualité, l’ardeur au travail et le sens des responsabilités : ellet se lève quand il fait encore nuit pour préparer la nourriture à sa maisonnée… et sa lampe ne s’éteint pas pour la nuit. Ici, l’ardeur passe par l’anticipation. Le mauvais travailleur fait tout au dernier moment, avec ceux qu’il doit servir plutôt qu’il ne prépare dans la solitude son oeuvre pour la donner lorsque les autres sont là. Anticiper, c’est posséder le sens intériorisé de la présence des autres, plutôt que d’avoir besoin de leur présence immédiate. On comprend ici le fait de préparer la nourriture avant que la maisonnée ne se lève pour qu’elle ait à manger lorsqu’elle se lève. Servir c’est organiser son temps pour précéder le besoin de l”autre, et non pas attendre qu’il exprime son manque, par besoin de reconnaissance. La cinquième qualité est sa générosité pour les pauvres. Le bon serviteur réalise des œuvres mais il ne cherche pas à amasser des biens. Au contraire, il gagne pour donner, car donner est le but. Une économie de service, pour soi, sa famille, son commerce, sa paroisse, est une économie qui conserve une part de choix pour les pauvres. C’est tout à fait différent de la part pour l’investissement. Le pauvre est là, aujourd’hui, avec son besoin ; l’investissement c’est le futur.

Pour conclure, remarquons deux conséquences de cette vie de service. La première est le témoignage du Christ. Souvent les jeunes pro, les étudiants, se demandent comment faire honorer le Christ dans leur milieu professionnel et en témoigner. Une réponse évidente et primordiale se trouve dans la qualité du travail accompli et la générosité envers les pauvres. Pour le Christ, ce témoignage est allé jusqu’à la croix. Ils se sont partagés son vètement (Jn 19). Saint Jean remarque qu’il était très beau, fait d’une seule pièce, une tunique sans couture. C’était la réalisation de la Vierge Marie pour lui, de cette « femme forte » qui tissait un lin raffiné que son fils portait avec honneur au milieu du peuple. La seconde conséquence est l’entrée dans la joie du maître. En effet, le maître, Jésus le Christ, est ce serviteur bon et fidèle du Père qui l’a servi par la croix et est glorifié dans cet état de serviteur. Dans l’Eucharistie il nous est donné dans cet état de service car la nourriture est un service et il nous transforme pour faire de nous des serviteurs comme lui. La joie du chrétien c’est la joie du service parce que c’est la joie du Dieu Trinité. L’attente du Chrétien c’est donc le service. La conversion du chrétien c’est donc nécessairement une conversion au service et c’est ainsi qu’il est un enfant de lumière,… une « femme parfaite ».

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2017-11-22T16:05:27+00:00