Homélie Paroisses Saint Jean-Baptiste-le Voeu, 4° dimanche de Carême, année B

Textes : 2 Ch 36, 14-16. 19-23 ; Ps 136 ; Ep 2, 4-10 ; Jn 3, 14-21

« Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique »
« Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique ». Au milieu de ce Carême, il est bon d’entendre cette parole de Jésus sur l’amour fou du Père pour nous. Peut-être parmi vous certains doutent-ils d’être aimé, peut-être ont-ils été abandonnés par des hommes ou des femmes, peut-être se méprisent-ils pour les fautes qu’ils ont commises, peut-être se jugent-ils indignes d’être aimés. Une réponse : Jean 3, 16 : « Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais ait la vie éternelle ». J’aimerais développer quelques minutes ce propos fondamental avec vous, qu’au milieu de ce Carême nous contemplions et comprenions mieux cet immense Amour du Père pour nous en recevant l’Esprit-Saint, autant qu’il veut nous le donner.
“Croire, disait Benoît XVI (cf. Dieu est Amour, n°1), c’est rencontrer cet amour en Jésus, le Fils unique du Père, c’est croire en cet amour”. Croyez-vous frères et soeurs, chacun d’entre vous, que le Père vous aime ainsi ? Cela signifie d’une part que Dieu t’aime excessivement, il t’a aimé en donnant son Fils. A peine accepterait on de souffrir pour un homme de bien ; eh bien, alors que nous étions pécheurs le Fils unique du Roi du monde s’est donné à toi. Tu es la brebis perdue, et le Bon pasteur a laissé ses 99 brebis pour venir te retrouver, là où tu t’étais caché, un jour de ténêbres et d’obscurité. Il t’a créé, et il t’a placé dans ta vie qui est devenue ton histoire. Dans cette histoire, il t’as lié à tous les autres hommes pour le meilleur et pour le pire, car ainsi est l’Humanité, un ensemble de liens dans lesquels tout de ce qui appartient à l’un est aussi reçu d’un autre, de sorte que nous pouvons nous juger à la fois prisonniers et gardiens, amants et aimés, victimes et bourreaux, bénéficiaires et donateurs. Et tu as reçu peut être la foi et l’amour par ton entourage ou peut-être au contraire la haine et la violence. Dieu le sait car il sait ce qu’il y a dans l’homme. Il voulait que tu sois comme son Fils unique, solidaire de l’Humanité dans ce qu’elle a de meilleur et de pire, dans une époque aussi mélangée. Dieu qui est riche en miséricorde peut faire naître et sauver des hommes dans toutes ces conditions, parce qu’il les a ainsi identifiés à son Fils qu’il a ressuscité des morts en l’arrachant aux pouvoirs des ténêbres. Dieu t’aimait en te faisant confiance dans ce temps d’obscurité, comme à son Fils. Et au temps favorable, il t’a montré cet amour en te ressuscitant, personnellement, dans l’Esprit-Saint. Rencontre merveilleuse du Père et du Fils qui revient et reçoit l’anneau de sa dignité royale. Il te montre que sa vie est plus grande que ces ténèbres, plus grande que tes errances, plus grandes que les violences que tu as subies. Que dis-je “il te montre”, non, ce n’est pas un spectacle ! ; il te donne en partage la vie éternelle, sa propre vie intime, dans toute la puissance de la divinité, dans son Esprit-Saint. Ton histoire se révèle, non un râté, un échec, une vie gâchée, mais une histoire sainte et sanctifiée. Et tu rentres dans l’Eglise, le rassemblement des saints, en communion avec ceux qui ont accueillis l’Amour du Père par un baptême de sanctification. Ce que tu as vécu, le Peuple saint de Dieu, le peuple Juif, l’a vécu aussi et le vit encore ; l’Eglise Sainte dans son ensemble le vit aussi et le vit encore. Mais ne t’enorgueillis pas de cela. Ne t’enorgueillis pas de ce que tu aies été choisi pour recevoir cet Amour. Ne t’enorgueillis pas de la grâce. Ni toi, ni moi, ni personne ne la mérite. C’est bien par grâce que nous sommes sauvés, redis saint-Paul. Certains ne semblent pas avoir reçu cette grâce. Ce n’est pas parce qu’ils sont mauvais et que toi tu es devenu bon, et qu’il te faut mépriser celui qui n’a pas reçu ce don. Au contraire, le Seigneur t’avertit comme il avertit toute l’Eglise, moi le premier : le peuple saint est et reste un peuple de pécheur. Qui ici n’a pas de péché ? Si je disais cela de moi, je serais un menteur. Celui qui m’a sauvé et pardonné m’a rendu capable de recevoir son amour en me reconnaissant pécheur et en étant lié au péché de tous les hommes, de même que Jésus. Certes, il m’a appelé à une vie sainte, pas à une vie de pécheur. Il le fait au milieu du monde. En cela, je découvre toujours dans ma vie la tentation de l’orgueil et de l’instrumentalisation de la grâce. C’est bien plus grave que précédemment dans ma vie. Le 2ème Livre des Chroniques synthétise ainsi un moment clé de l’Histoire d’Israël, où Israël s’est enorgueilli de son élection et a finalement multiplié les syncrétismes, les compromis et s’est construit une image du peuple de Dieu qui corrompait la vérité et s’avérait idolatre. Leur résistance idéologique était telle que, malgré les prophètes comme Jérémie ou Ezechiel ou tous les autres, ils résistaient encore et encore. Le seul remède fut leur chute et elle vint par des mouvements providentiels de l’Histoire politique, ici par la conquêtes de Jérusalem par Babylone et la destruction du temple. Ne croyez pas que cela soit arrivé aux juifs parce qu’ils étaient moins bons que les chrétiens ; cela leur est arrivé pour notre édification, comme exemple de la conduite de Dieu sur nous, de ce qui nous arrive et peut encore nous arriver dans l’Eglise si nous prenons possession de la grâce et résistons à l’Esprit-Saint sans nous reconnaître pécheurs, bénéficiaires gratuitement du salut. Il abaisse les orgueilleux et élève les humbles. L’Eglise a maintenant besoin de se purifier de l’orgueil et c’est une des raisons du carême. Le Carême est un moment d’ascèse parce qu’il nous faut revenir humblement à la foi en Dieu, riche en miséricorde. Nous y avançons ensemble parce qu’ensemble nous créons aussi des résistances à l’Esprit-Saint. Ce péché est plus grave que le péché lorsque nous étions sans Dieu. Mais la richesse de la sagesse de Dieu enferme tout dans sa miséricorde. Ainsi, tout le péché, il le pardonne et nous rend capable de pardonner à notre tour, comme son Fils unique. Croyez vous donc frères et soeurs que Dieu ait créé le monde pour révéler cet amour éternel qui est le feu de la communion entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint ? Si vous croyez, vous aurez la vie éternelle, la preuve que Dieu vous aime, l’Esprit Saint que le Fils a envoyé et répandu en nos coeurs et qui crie « Père », « Abba » (Ga 4, 6). Et, en recevant le don de son Fils dans l’Eucharistie vous vivrez dans l’action de grâce pour la vie éternelle qu’il nous donne aujourd’hui.
Pierre BENOIT, diacre

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2018-04-26T09:02:16+00:00