Frères et soeurs, il est dit que Jésus parlait avec autorité et puissance, et non pas comme les
scribes qui commentent les Ecritures. Il est ce prophète dont parlait Moïse dans le Deutéronome qui
dit sans mesure et avec vérité et puissance la parole du Père que le Père garantit. Un prophète est
quelqu’un qui parle au nom de Dieu en annonçant l’appel de Dieu dans notre monde. Mais savons-nous
qu’il y a des prophètes aujourd’hui et les écoutons nous ?
La prophétie est toujours actuelle dans l’Eglise. Saint-Paul, dans la Première épître aux
Corinthiens parle du don de prophétie comme un charisme dans l’Esprit-Saint. Puisque nous avons
reçu l’Esprit-Saint, c’est qu’il y a des prophètes aujourd’hui. Ils actualisent le message du Christ pour
nous. Le père Couturier à Lyon a insisté par exemple sur l’importance de travailler l’unité des
chrétiens, celle entre les catholiques, les protestants et les orthodoxes. L’unité est l’objet d’une
prophétie : qu’ils soient uns comme moi et le Père nous sommes uns, dit Jésus. Ou encore, qu’ils
soient uns pour que le monde croit. L’enjeu de dépasser les divisions est essentiel pour la paix et
essentiel pour l’annonce crédible de Jésus. Mais pour la plupart des catholiques, des orthodoxes et
des protestants, l’unité n’est pas importante. Beaucoup se trouvent tranquilles dans leur
communauté. Ils se définissent d’ailleurs comme une citadelle assiégée, assaillie dans leur identité,
menacés leurs traditions, de sorte que la recherche de l’unité ne soit non seulement pas prioritaire,
mais encore dangereuse. Comme l’esprit impur de l’Evangile, ils disent es-tu venu pour nous perdre ?
Ils veulent un christianisme identitaire mais pas de Jésus vivant et prophète ! Ils craignent que
l’Eglise catholique perde son âme et le sens de vérité fondamentale à s’ouvrir à ceux qu’elle a
déclaré à d’autres périodes “hérétiques” ? Aujourd’hui, ce que l’Eglise reconnaît est que l’Esprit-
Saint a été à l’oeuvre dans ces églises et qu’il faut s’humilier devant l’action de Dieu. Elle reconnaît
que certains agissements maladroits et durs ont pu conduire à des ruptures, comme la bulle
d’excommunication posée sur l’autel de Sainte-Sophie à Constantinople par le légat du pape ! Ou
comme les situations malsaines du trafic des indulgences du temps de Luther. Elle ne veut pas pour
autant renconcer à ce qu’elle reconnaît comme un don de Dieu dans le Christ : l’eucharistie, le
sacerdoce, la primauté de Pierre, etc. Dépasser les peurs, savoir que l’identité catholique comme
identité prophétique et trinitaire se construit dans l’ouverture relationnelle et non dans la cloture,
c’est se laisser porter par la parole prophétique et s’y convertir.
Parmi les prophéties d’aujourd’hui, je pense encore à la relation des chrétiens avec les Juifs,
dont le père Isnard et moi-même avec le père Philippe Asso, nous avons la charge pastorale dans le
diocèse de Nice. Après la guerre et la shoah, elle a visé déjà supprimer radicalement l’antisémitisme
catholique de sorte que plus personne ne puisse se dire et catholique et antisémite ou antijuif à la
fois. Ce n’est pas encore terminé lorsqu’on continue à entendre que l’Ancien-Testament serait
inintéressant ou porteur d’une conception d’un Dieu vengeur que Jésus aurait aboli ! Ce n’est pas le
cas et l’Ancien-Testament est lu à chaque Eucharistie. Ou encore on entend que l’Eglise viendrait se
substituer au peuple juif, alors que l’alliance avec Israël est sans repentance de la part de Dieu, dit
explicitement Saint-Paul, et qu’aussi l’Eglise hérite des promesses faites à Israël en étant greffé sur
Israël (Rm 9-11), donc en recevant sa vie, et non en l’éradiquant ! Mais aussi cette relation non
prosélite, humble, solidaire et reconnaissante avec les juifs est prophétique, dit Saint-Paul parce
qu’une fois réalisée, le retour de Jésus se fera, dans l’accomplissement des temps. S’engager dans
cette relation n’est pas facile et demande de la patience, de l’écoute, des conversions intérieures, de
l’humilité, mais elle est nécessaire et riche pour toute l’Eglise et pour le monde. Si nous dépassions
notre antagonisme et nos méfiance, le monde trouverait la paix messianique.
Je pense enfin à l’immense lutte de l’Eglise, du pape François et de ses prédécesseurs, pour
les exilés, pour la terre, contre l’égoïsme et l’avarice d’une poignée d’homme qui oppresse une
multitude. Evidemment, en regardant le capitalisme comme ordre financier finalisé par le seul
enrichissement et non le bien commun, les prophètes semblent s’attaquer à un château-fort avec une
petite cuillère ! En réalité il veulent rappeler le droit de Dieu sur notre monde et les aspirations
profondes des hommes, ce qui leur permet d’être heureux. Or l’injustice ne permet pas le bonheur.
Certes, le prophète ne dicte pas toutes les solutions, par exemple concernant les relations entre
l’accueil des immigrants et l’exigence d’un sécurité pour tous. Mais elle dit que ce n’est pas sans ces
migrants que la solution de la paix se trouvera. L’accueil est un acte fondamental. Tout se passe
comme si on accueillait “chez nous” des gens qui ne sont pas “chez eux”. Or l’hospitalité n’est qu’un
premier moment. Les grecs antiques la pratiquaient, hormis le cyclope qui dévorait ses invités ! Ce
qui est en jeu c’est de laisser une place non dans un système mais dans un échange vivant. Si le
système des lois et des garanties économiques est trop rigide pour accueillir la nouveauté, c’est qu’il
est mauvais et qu’il faut inventer des moyens responsables pour changer. Le prophète rappelle que
l’étranger est aussi un frère et que l’accueillir comme un frère est exigeant aussi pour lui. L’accueil
n’est ni une hotellerie permanente et gratuite, ni une simple hospitalité temporaire, c’est l’appel à un
échange juste et potentiellement durable de part et d’autre.
J’ai parlé de la prophétie de l’unité entre les Eglises, de la relation entre les juifs et les
chrétiens, du partage des richesses. Il y aurait d’autres prophétie dont la paix universelle et
messianique n’est pas la moindre. Pour cela il faut regarder plus loin que le court terme et
l’égocentrisme. Ce n’est pas facile pour tous ; ce n’est pas facile pour moi qui ait des intérêts
marqués dans ce monde par mon travail, ma famille, ma place sociale. C’est pourquoi Saint-Paul
parle de l’appel à la virginité pour le royaume. L’écoute de la prophétie implique que certaines vies
soient prophétique. Pour cela il faut un état de vie prophétique. On l’a vu avec les moines de
Thibbirine capables d’aimer gratuitement tous ceux qui venaient à eux. Pour le père Couturier à
Lyon, qui a développé la semaine pour l’unité des chrétiens. Ou encore pour ceux qui s’engagent
pour la paix. Ils doivent soulever des montagnes. La virginité permet d’être libre pour ce qui est
vraiment ambitieux pour tous. Elle constitue un état de vie prophétique. Vous qui êtes jeunes, avec
vous ces grandes ambitions qui vous permettent d’être des vivants libres au milieu de mortsvivants
? Etes-vous prêts à devenir des prophètes pauvres, chaste, obéissant à l’Eglise et à
l’impulsion de l’Esprit-Saint, des flèches dans la main de Dieu portant partout la charité la plus
élevée et la lumière la plus miséricordieuse et la plus appelante ? Etes vous prêts à recevoir la foi
qui ordonne aux montagnes de se jeter dans la mer, à prendre le baton de la croix qui frappe l’eau
pour que s’ouvre la mer, que les coeurs durs deviennent des coeurs de chair ? Soyons ces prophètes et
au moins écoutons les. Avoir des grandes ambitions ce n’est pas d’abord vouloir devenir ingénieur
ou docteur ou financier, c’est espérer la justice et la paix, la charité et la vérité pour tous dans l’unité.
“Dans un monde assailli par la plus atroce barbarie, la généreuse tradition des prophètes hébreux,
que le christianisme en ce qu’il a de plus pur, reprit pour l’élargir, ne demeure-t-elle pas une de nos
meilleures raisons de vivre, de croire et de lutter” (Marc Bloch).

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2018-02-05T12:26:11+00:00