Le règne de Dieu est tout proche. Les temps sont accomplis. Convertissez-vous et croyez à l’Evangile. Voici le début de la prédication de Jésus et le début de sa vie public : c’est un appel à la conversion. Certains chrétiens croient qu’être chrétien consiste seulement à croire que Jésus nous a sauvé. A la limite, puisqu’il nous a sauvé, alors nous n’aurions donc plus rien de particulier à accomplir dans nos actes, sinon peut-être l’accueillir. Mais ici Jésus nous parle de conversion. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Se convertir dans les Ecritures c’est premièrement renoncer au mal et choisir le chemin du bien. C’est ce qui se passe pour les ninivites, qui comme les habitants de Sodome, ont des moeurs injustes, sans qu’on sache précisément en quoi. Le prophète Jonas fait appel à leur conscience morale fondamentale selon les lois noachiques qui concernent tous les hommes : honorer père et mère, ne pas tuer, ne pas voler, ne pas prendre la femme de son voisin, ne pas dire de mal sans vérité, ne pas mentir. Tous les hommes peuvent sentir dans leur conscience les effets du mensonge, du meurtre, du vol, de l’absence d’honneur pour leurs parents. La conversion c’est le choix ferme de refuser ce qui détruit les hommes en ne cherchant pas à s’en justifier. Un chrétien est quelqu’un qui se dégage des filets du mal. La comparaison se trouve dans les Ecritures, car le mal, comme le bien d’ailleurs, peut se présenter comme un filet, cad comme un réseau de relation mauvaise. La corruption, par exemple, est à la fois un attachement à de l’argent, un délit d’entente mafaisante, un mensonge aux autres, un vol une menace faite à autrui.

Lorsqu’on corrompt on est pris dans une logique sans fin de débiteur, d’alliances mauvaises. La conversion c’est la bonne nouvelle consistant à être libre de ces filets : tu m’as libéré des filets du chasseur et de la peste maléfique. Ici, elle s’adresse à tout homme. En cela les chrétiens ont un devoir d’interpellation interne et aussi  externe. Jonas est un Juif qui s’adresse à des païens en leur enjoignant de se convertir. Il ne reste pas dans les limites du Judaïsme, les Juifs parlant aux Juifs comme les français parlent aux français dans la radio du Général de Gaulle. Il en va ainsi, par exemple de l’Eglise qui continue à interpeller quant à l’usage des PMA du fait de la production d’embryon surnuméraire. Ou encore du pape qui dénonce la corruption en Amazonie ou en Italie ou chez nous. La conversion est en cela un arrachement au mal, une décision courageuse aidée par une grâce qui coûte, comme le rappelle le théologien protestant Dietrich Bonhoeffer. La conversion ne se réduit pas seulement à un choix moral. Elle est la décision courageuse et la bonne nouvelle de suivre le Christ comme Jacques et Jean, Pierre et André. Il s’agit de faire l’oeuvre du Christ dans ce monde en étant ses compagnons. C’est un appel à la fois général et personnel. Général, comme le note saint Paul, en ce qu’il s’agit de vivre comme si… les temps étaient accomplis pour chacun. L’Eternité est présente à notre temps et cela nous engage. Le temps est limté… La figure du
monde passe, dit saint Paul. Alors que celui qui a femme (ou mari) vive comme si… il n’avait pas de femme, comme s’il n’avait pas de joie ou de tristesse,cad non dans le déni d’une relation heureuse, de la joie ou de la tristesse, mais dans la conscience qu’elles ne mesurent pas notre existence. Nous vivons tous en mesurant notre vie par le bien-être. On s’y intéresse en demandant chaque jour : “comment ça va ?” et en se souhaitant des voeux de bonne santé. Mais Jésus nous demande de mesurer notre vie par autre chose, par l’imminence du Règne de Dieu et par l’oeuvre en faveur de ce Royaume. C’est différent. Par exemple, honorer le mariage c’est honorer une oeuvre qui n’est pas seulemnt son bien-être, même si elle y tend. Prier chaque jour c’est réaliser une oeuvre divine. Il serait temps, en cela, de cesser de mesurer la vie chrétienne par le seul bien-être des chrétiens. La juste mesure est l’oeuvre de Dieu.

Celle-ci est parfois inconfortable comme le fait de venir à la messe le dimanche, d’obéir aux commandements de Dieu. Elle met en cause notre bien-être immédiat. En revanche elle procure la joie pour nous et pour les autres. Par exemple, lorsque l’Eglise demande une société juste avec les pauvres au centre, une société du dialogue, c’est pour une joie partagée. Cette joie vient d’un appel personnel et d’un contact privilégié avec le Christ. Devenir pécheur d’hommes, cad mettre ses talents, sa personnalité au service d’une oeuvre qui n’est pas la notre celle de Jésus qui ramène les hommes dans ses filets, dans ses réseaux de bonté pour leur salut. Voici la joie qu’il propose et qui justifie notre conversion. Demandons au Seigneur de revenir à son oeuvre et pas seulement à notre bien-être.

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2018-02-05T12:32:14+00:00